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Coin des entrepreneurs – Tony développe et produit l’objet que vous avez en tête!

À l’âge de 37 ans et après 15 ans dans le milieu professionnel, Tony Rey Paulino est actuellement à la tête de sa société « 1point61 », où lui et son équipe réalisent des idées d’entrepreneurs à travers un design et une ingénierie innovante. Avec une volonté de travailler sur tous les segments et fournir un « full » service cohérent avec le marché, Tony cherche à créer une relation forte entre l’utilisateur et l’objet. Son témoignage illustre une certaine rigueur et organisation qui lui ont permis d’arriver là où il en est aujourd’hui. Toujours muni d’un plan B, Tony Rey Paulino nous montre que son esprit d’entreprendre est quelque chose qui s’est nourri et construit petit à petit.

AUTEUR

Monira G. (Digital Media & Content)

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Clémentine Makart Peintre Bâtiment et Décoration Liège Waremme ▶ Bonjour Tony, merci à toi de nous faire partager ton expérience. Pour commencer, peux-tu m’en dire plus sur ton parcours ?
J’ai commencé par une formation d’ingénieur en électrotechnique (tout ce qui est automatisme industriel) pour après me spécialiser en design pendant 3 ans à Saint Luc à Tournai. Ces deux bagages m’ont permis de travailler pendant 10 ans au sein de l’Agence spatiale européenne pour faire du transfert de technologie spatial. On reprenait des technologies qui étaient développées dans le cadre des fusées « Ariane » ou des technologies satellitaires ou robotiques pour les réappliquer dans des innovations terrestres telles qu’une couche culotte ou tétine pour bébés, les poêles Tefal (rond rouge) ou encore le revêtement de protection des casques de pompier dont le matériau utilisé provient des hublots de la station spatiale internationale. Le spatial est autour de nous: on l’utilise à peu près 4 à 5 heures par jour dans notre vie quotidienne au-delà du GPS, du téléphone, de la télévision qui passe obligatoirement par du satellitaire. Ces technologies sont développées spécifiquement pour ce secteur, elles sont des innovations issues de centres de recherche ou d’universités qu’on réapplique dans des produits de la vie de tous les jours. J’ai fait cela pendant 10 ans.

▶ C’est après cela que tu es devenu indépendant ?
Pendant 2 ans, j’ai été responsable de production dans une usine de menuiserie et me suis ensuite mis à mon compte. En parallèle, j’avais déjà commencé à être indépendant complémentaire. Quand j’ai arrêté d’être responsable de production, je me suis installé en tant qu’indépendant en revenant sur mes premiers amours, c’est-à-dire la partie « design » et « ingénierie ». Pour moi, les deux sont indissociables. Je suis resté indépendant principal pendant 1,5 ans pour passer en société depuis janvier 2020 afin de me donner une opportunité d’engager et d’agrandir mon activité.

▶ Le nom de ta société n’est-elle pas en rapport avec les termes « design » et « ingénierie » ?
Aujourd’hui, la société a été rebrandée et s’appelle « 1point61 » (en relation avec le nombre d’or). Dans ce nombre d’or, on aimait beaucoup cette relation avec les mathématiques (partie ingénierie de la chose) réappliquées dans l’architecture et les œuvres d’art (le côté design). On a essayé de construire une histoire derrière afin de ne pas trouver un nom « sans rapport » et de construire une vraie identité derrière. Je voulais donner une identité propre à cette société et où mes collaborateurs pouvaient se retrouver également.

▶ En ce qui concerne l’activité de ta société, tu me disais que vous suiviez des projets d’innovation (principalement technologiques) pour des startups. Pour des personnes qui veulent créer leur société avec un service ou un produit, quelles sont les différentes phases d’accompagnement ?

  • Dans un premier temps, on les accompagne depuis la phase de création : design thinking, brainstorming qui permet de développer le concept et de mettre en avant les fonctionnalités et la plus-value que l’entrepreneur recherche.
  • Ensuite, la deuxième phase s’illustre par la phase d’exécution qui est relative à la modélisation 3D et aux tests utilisateurs : on se questionne sur la technologie/structure/architecture qu’on doit mettre en place pour que le service s’opère.
  • Et puis, il y a la partie lancement. S’il s’agit de produits physiques, on réfléchit à la mise en place des partenariats industriels et si on est dans le cas d’un service, on met en place les architectures en tant que telles (les développements, les technologies) pour que cela devienne vendable.

La partie « lancement » intègre également la partie marketing et communication : comment allons-nous vendre le produit ? Quel est le mode logistique préféré ? Quelles sont les clés à utiliser pour que le produit réussisse sur le marché ? C’est à considérer plus largement que simplement développer, c’est réellement une stratégie d’innovation qu’on met autour du produit.

Tony Rey Pauline Business and product design ▶ Est-ce à ce moment-là que tu utilises HannaGo ?
En effet, j’utilise HannaGo de manière assez forte puisque, plus on avance dans le projet (de la conception jusqu’au lancement), plus les décisions se peaufinent. Les aspects relatifs à la viabilité économique font donc partie d’un de ces trois piliers qui font que le produit va réussir ou pas.

▶ Tu notifies qu’il fallait comprendre le terme « produit » au sens commercial, peux-tu me dire alors quel est le nombre de produits qu’un entrepreneur doit s’attendre à commercialiser ?
Dans le cas d’une startup, il y a plutôt une roadmap de production. Par exemple, la 1ère année, on commencera avec 500 pièces pour ensuite passer à 3000 et 10000 pour la 3ème année.
▶Travailles-tu également avec des PME ?
Oui et elles possèdent déjà généralement leur zone de production et les quantités sont plus importantes. Puisqu’elles ont déjà leur réseau, elles savent comment le produit va se distribuer de manière plus précise et elles ont une meilleure vue sur le marché.

▶ Est-ce qu’un porteur de projet démuni de compétences dans le domaine peut faire appel à ton entreprise ?
Il y a différents niveaux de maturité, il y a des gens qui viennent seulement avec une idée parce qu’ils ont vu qu’il y avait un besoin réel et ils veulent le développer, même s’ils n’ont pas de compétences d’ingénieurs. Et il y a des personnes qui viennent déjà avec un prototype et des validations, il faut reprendre là où ils en sont pour les faire monter dans ce niveau de maturité. On s’adapte réellement aux porteurs de projet, ce n’est pas un processus qu’on vend en bloc. C’est comme une pâte à modeler, on la travaille ensemble pour pouvoir lui donner forme.

▶ En tant qu’ingénieur, d’où vient cet attrait pour le design ?
J’ai toujours eu cet attrait depuis que j’ai l’âge de tenir un crayon. J’ai d’abord eu un attrait pour les aspects artistiques, j’ai fait les beaux-arts par exemple. Mais ce qui m’a toujours frustré, c’est de faire du concept et du beau sans qu’il y ait une véritable utilité derrière.
C’est ainsi que je suis tombé dans le design, c’est par cette recherche de l’utilité, de se dire qu’on peut créer des œuvres d’art (des objets) qui créent des interactions avec l’utilisateur et une émotion. En d’autres termes, je cherche à mettre en avant une relation forte (émotionnelle ou simplement fonctionnelle) entre un objet et un utilisateur. Dans ma philosophie de conception, l’humain est toujours au centre des décisions. C’est comme cela que je suis parvenu à allier la partie design et ingénierie pour pouvoir faire des beaux couteaux (mais des couteaux qui coupent bien entendu!).

▶ Est-ce qu’il t’arrive de travailler avec des jeunes porteurs de projet ?
La tendance actuelle est d’avoir de plus en plus de startups avec des porteurs de projets très jeunes (à peine 18 ans ou en plein dans leurs études) qui ont une réelle vocation entrepreneuriale. C’est vraiment très bien ! Mais je remarque qu’il y a parfois un manque de maturité par rapport aux décisions qui sont prises dans le travail et ce qu’ils apportent. Ils ont cette « fougue » liée à la jeunesse qui n’est pas toujours en lien avec une véritable situation entrepreneuriale. Notre rôle est donc de les orienter de la manière la plus réaliste possible.

Tony Rey Paulino Business et designer Belgique Namur ▶ Revenons à ton esprit d’entreprendre, était-ce une évidence de devenir indépendant ?
C’est quelque chose qui s’est nourri. Je suis né de parents ouvriers, mon papa était « Premier ouvrier textile » à Lille. Ma culture de base est de trouver un boulot et de faire ses « 8h – 17h ». Je me suis toujours un peu révolté par rapport à cela car je cherchais plutôt une passion, quelque chose qui me fait lever le matin. Je ne voulais pas être victime de ma propre situation. C’était un fait avéré.

▶ As-tu connu des difficultés durant ton parcours ?
Je n’ai pas vraiment eu de difficultés : j’ai toujours fait en sorte d’avoir un plan B. La difficulté pour moi, c’est quand on est au dos au mur et qu’on a aucune échappatoire. J’ai toujours essayé de faire en sorte, et encore aujourd’hui, dans mes choix et décisions, de tout d’abord faire en sorte qu’il y ait un minimum de risque, ou du moins que le risque soit calculé. Parce que du risque, il y en a toujours. Il ne faut pas se leurrer. Et il ne faut pas forcément prendre ce risque de plein front : on peut aussi le contourner. Cela a toujours été ma philosophie de vie et cela a fonctionné jusqu’à aujourd’hui !

▶ Bénéficies-tu de subsides ?
Je bénéficie d’aides des deux côtés de la barrière. Il y a une série d’aides que j’ai sollicitées moi-même auprès de la Région Wallonne : je pense notamment à l’Airbag mis en place par le Forem ; aux « chèques technologiques » pour le rebranding et je vais en demander une dernière aide pour notre site internet. Ce sont des choses auxquelles on a droit donc autant en profiter.
Par ailleurs, on est reconnu par la Région Wallonne pour le « chèque à la création ». C’est aussi pour cela que je travaille avec beaucoup de jeunes parce que ce chèque équivaut à 80% de subsides qui les aident beaucoup pour commencer à développer leur produit ou leur solution. Il y a également le « chèque à la croissance » qui est subsidié à 50%. Et on est aussi labelisé avec le « chèque Awex » en tant qu’expert en design pour tout ce qui concerne l’internationalisation.

▶ Si c’était à refaire, tu t’y prendrais de la même manière ?
Je referais exactement la même chose sans toutefois dire que je suis satisfait de l’ensemble du parcours ou qu’il y a des choses pour lesquelles j’ai toujours pris du plaisir. Je me dis simplement que je suis là aujourd’hui parce qu’il y a tout ce passé et tout ce que j’ai vécu (en bien ou en mal) qui m’a construit et qui me permet de parler avec toi aujourd’hui.
Ce n’est pas le problème de rater, je pense que dans la culture européenne, on a ce problème du « fail ». Toutes ces étapes passées, je les vois plutôt comme des expériences qui m’ont permis de construire un escalier. Sur base de mes échecs, j’ai le pouvoir de grandir et me dire « je ne le ferai plus». Il faut plutôt prendre ses « échecs » comme des leçons et se dire « comment va-t-on les éviter plus tard ?» « Comment construire quelque chose sur cet échec ? ». J’ai toujours été un homme de solution, quelqu’un qui regarde devant plutôt que derrière. Si je voyageais dans le passé et que j’allais changer l’une ou l’autre chose, je pense que cela viendrait complètement modifier mon parcours et donner une réalité parallèle qui serait bien différente de celle d’aujourd’hui. Aujourd’hui à cet instant, en parlant avec toi, je peux dire que je suis content de ma vie.

▶ Le terme « innovation » est une notion qui t’es plutôt familière, non ? Qu’en penses-tu ?
Sur la définition en tant que telle, c’est un mot qui très à la mode. Le terme « innovation » est souvent mis en avant dans les journaux etc. il faut bien savoir que l’innovation n’est qu’une conséquence. Ce n’est jamais un but en soi. Tu apportes une innovation, tu ne fais pas une innovation. Tu fais un produit, une technologie différenciante, une nouvelle façon de vendre… qui va apporter de l’innovation par rapport à ce qui existe aujourd’hui. Je trouve que le mot est un peu tronqué aujourd’hui et qu’on a du mal à percevoir cette distinction.

▶ Quels conseils donnerais-tu aux futurs entrepreneurs ?
J’ai envie de dire que c’est un long chemin où on doit être multi-casquette, une espèce de bourlingueur aguerri, pour pouvoir avancer. Il ne faut pas avoir peur de ne pas avoir les réponses, il faut s’appuyer sur les réseaux disponibles car en Belgique, on a quand même un super réseau toutes disciplines confondues avec beaucoup d’expérience. N’ayez pas peur de sortir de votre zone de confort et d’aller voir d’autres personnes pour apporter les réponses.

▶ Et pour terminer, quelle est la chose que tu apprécies le plus en étant ton propre patron ?
C’est cette capacité de décision, cette liberté de prendre des directions qui me sont propres. Quand j’étais salarié, j’étais assez frustré de voir qu’il y avait toujours un manque, quelque chose qui faisait que le porteur de projet ou le client avait le droit de ne pas être satisfait parce qu’on n’apportait pas une réponse cohérente et construite par rapport à ses besoins. J’essaye donc de combler cette lacune. Peu importe la maturité ou l’étape de travail où on se trouve, on garde toujours à l’œil ce processus de « design thinking » : ces trois piliers sont réellement essentiels dans un projet.
Pour rappel, c’est d’abord s’orienter vers la désirabilité utilisateur, la viabilité économique ainsi que la faisabilité technologique. C’est seulement ce rapprochement de ces trois domaines qui fait qu’on peut avoir la décision idéale à proposer sur un marché.

Merci à toi Tony pour ce riche retour d’expérience, je te souhaite beaucoup de succès pour l’avenir !

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